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Disparitions de Natsuo Kirino

25 Jan

A dix-huit ans, Kasumi est montée dans un bus et a fui la maison familiale pour tenter sa chance à Tokyo.
Après quinze ans d’absence, elle revient pour quelques jours à Hokkaido. Mais plus elle se rapproche de cette région inhospitalière de montagnes rudes et de mer grise, plus elle éprouve une inquiétude diffuse. Peut-être est-ce parce qu’il y a, toute proche, cette ville natale qu’elle a oubliée. Est-ce l’incongruité de la situation dans laquelle elle se trouve, dans cette voiture, entre son mari, ses enfants et son amant ? Ou ressent-elle confusément résonner entre ces montagnes écrasantes tous les signes de la tragédie à venir : la disparition inexplicable de sa petite fille…
Commence alors pour Kasumi une lente dérive, une enquête désespérée au cours de laquelle elle recevra l’aide inattendue d’Utsumi, un ancien inspecteur de police.

J’aime toujours autant les écrits de cette auteure. Je pense même que « Disparitions » renoue dans le même genre que « Out » au niveau de la narration.

Bien sûr, on retrouve le style de Natsuo Kirino. Elle mêle présent, passé et rêve. Elle intrigue à nous en faire perdre la tête. 

Ici, nous suivons Kasumi, mariée, mère de deux petites filles et son amant qui les invite dans sa maison de campagne à Hokkaido pour qu’ils puissent plus facilement passer du bon temps ensemble, tout en se cachant de leur conjoint respectif.

Malheureusement, un matin, Yuka, la fille de Kasumi disparaît et c’est une descente en enfer pour chacun des protagonistes du livre qui va avoir sa vie bouleversé par cette disparition.

C’est au bout de 4 ans que Kasumi rencontre un policier, proche de la mort, Utsumi qui décide de l’aider dans son investigation.

Kirino nous fait balader d’une idée à l’autre, en histoire de fond, ce mystère de l’enfant disparu. Mais autours de ça, le livre s’intéresse aux relations des protagonistes, celle de Kasumi et d’Utsumi entre autres. Relation étrange, évoluant vers un semblant d’amour mais surtout qui donne à Kasumi l’opportunité de voir plus loin son passé et ses questions incessantes. De se regarder en face.

Je pense qu’avec Out, Disparitions fait partie des meilleurs romans de l’auteure ! C’est bouleversant, un bon thriller, jusqu’à la fin, on ne se doute de rien, très bien écrit, Natsuo Kirino pousse la psychologie de chacun pour s’entremêler au fil de l’histoire.

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Kairo de Kiyoshi Kurosawa

9 Nov

Michi, une jeune fille de vingt et un ans, pressent que quelque chose est en train de se dérégler dans le monde après la disparition brutale ou le suicide inexpliqué de personnes de son entourage.
Ailleurs, un jeune homme découvre dans un laboratoire un étrange programme informatique sur la vie artificielle.
Dans l’au-delà, les morts qui grouillaient jusque là dans une léthargique éternité se manifestent à travers des écrans d’ordinateur et entreprennent de prendre la place des vivants. peu à peu des femmes, des hommes passent « de l’autre côté » tandis que l’univers se dépeuple et que la peur augmente. Est-ce la fin du monde?

Dans une optique d’essayer un nouvel auteur japonais, j’ai pris Kairo sur un coup de tête (ou de couverture en fait). Finalement, j’ai une amie le voyant dans mon sac m’a parlé d’un film du même titre. Effectivement, il y a 10 ans, un film tiré de ce roman a été réalisé par l’auteur lui-même avec entre autres Koyuki (Engine, Le dernier samurai). Kiyoshi Kurosawa est à la base un réalisateur de film.

J’ai toujours plus de facilité à lire un roman d’horreur que de voir le film… surtout, les films d’horreur japonais qui jouent beaucoup sur l’imagination (regarder « the ring », son remake américain et l’original japonais…).
Je n’aime pas avoir peur. Donc je n’ai pas vu le film pour me faire une idée ou même une comparaison.

Les disparitions soudaines d’amis, de membres de la famille dans le monde interpelle certaines personnes dont deux héros (Michi et Ryosuke) et qui ne se connaissent pas et qui ne se croiseront qu’à la toute fin du roman. Mais ils tentent de comprendre le phénomène mais la seule chose qu’ils remarquent, ce sont des rubans rouges qui englobent les ordinateurs des disparus.

Mais plus qu’horreur, j’ai trouvé le sujet typique de la science-fiction… Les âmes de nos morts n’ont aucune passion et voyage au gré du vent jusqu’au jour où elles se rendent compte qu’elles peuvent apparaître face au vivant grâce à une nouvelle technologie… les ordinateurs. Je dirais même Internet… une idée fixe sur le sujet… ce mal qu’est Internet et les ordinateurs qui nous amène jusqu’à notre mort, à la fin de notre existence.
Ils ne sont pas là pour nous faire du mal mais ils en savent tellement, ils ont des années de connaissance derrière eux… quel mal y-a-t-il à nous remplacer, nous pauvres humains vivants ?

Une métaphore certaine sur les gens isolés, qui peuvent du jour au lendemain disparaître sans que quiconque s’inquiète ou même y prête attention.

Entre histoire de fantôme et perception de la réalité, il n’y a qu’un pas.

C’est un livre où l’ambiance est pesante. Dont mon plus gros problème a été de comprendre le charabia « technique » sur ces apparitions.

Je n’ai pas vu le film, je ne sais donc pas faire une comparaison… est-ce proche ? A-t-il-garder les mêmes dialogues ? Je pense que le frison d’horreur attendu dans ce roman serait bien plus perceptible dans le film (musique, images de suggestion, etc).

Sans être vraiment indispensable, ni même effrayant, il aborde des sujets de la vie quotidienne sous couverts d’histoire fantomatique.

La submersion du Japon de Sakyo Komatsu

1 Sep

Le premier grand cataclysme s’abattit sur la région d’Osaka à 5 heures 11, le 30 avril. A 8 heures 03, la chaîne de montagnes Togakure explosa. Les regards du monde entier étaient fixés sur « la mort du dragon ». Des dizaines d’avions appartenant à des télévisions de toutes les nationalité volaient au-dessus de l’archipel du Japon qui crachait du feu et des flammes.

J’avais acheté ce livre avant le drame du 11 mars… mais par après, j’ai eu beaucoup de difficulté à m’y mettre. Je me disais quand le lisant, cet évènement (submersion du Japon) pouvait avoir lieu… (Superstition quand tu nous tiens).

Près de six mois après, j’ouvre et lis les premières pages.

Première impression, c’est du lourd… à comprendre ; « j’ai du mal à comprendre ». La traduction est assez lourde, difficile même et un poil technique au début du livre.

Le début commence par une équipe de recherche en plein Océan Pacifique. Des scientifiques se posent des questions sur la disparition d’une île. En même temps, une nouvelle arrive… tout cela pendant que des séismes et des éruptions volcaniques ont lieu un peu partout du côté de l’archipel nippon.

En tout cas, j’ai été scotché de voir qu’un livre écrit, il y a 30 ans puisse être aussi précurseur. Par exemple, la réaction des pays étrangers entre le « bien fait pour le Japon » ou « ils sont riches, ils s’en remettront bien sans nous ».

Ce livre m’a beaucoup rappelé le manga « Tokyo Magnitude 8 » de « Usamaru Furuya » mais ici, on est plus global. Comment sauver 110 millions de gens ? La culture, les trésors vont-ils disparaître ? Que font les politiciens japonais ?
Le livre pousse, tout de même, à du plus personnels en suivant certains personnages. S’ils ne sont pas les héros du roman catastrophe, ils donnent un sentiment plus humain à l’histoire.

Sur un sujet qui pourrait être réel avec des éléments scientifiques, Sakyo Komatsu nous livre un roman d’anticipation où il ne faut pas s’attendre à une fin heureuse.

 

Monstrueux de Natsuo Kirino

19 Août

Ma sœur Yuriko était un monstre. Une beauté époustouflante, anormale. Elle nous méprisait, ma mère et moi. Seuls les hommes l’intéressaient. Quand elle avait quinze ans, le lycée de Tokyo tout entier lui est passé dessus. Elle pensait réussir grâce à son corps. Son cadavre a été retrouvé dans un meublé crasseux. Aujourd’hui, on me demande de témoigner…

J’avais été transporté par « Out », l’œuvre la plus connue de l’auteure. Alors, il ne faut qu’un pas pour découvrir d’autres oeuvres de l’auteure!

On apprend rapidement la mort de deux prostitués, Yuriko et Kazue assassinées à un mois d’intervalle dans des situations semblables.

La sœur de Yuriko est une métisse (japonaise-suisse). Elle voit comme un enfer la beauté « monstrueuse » de sa sœur, Yuriko. Se comparant toujours à elle, elle devient au fil de sa vie une femme dégoutée d’elle-même, des gens qui l’entourent et méchantes même envers ses proches.

Mais au fur et à mesure de son récit, on en aperçoit le pourquoi ; sa vie au côté de sa sœur, ses années d’étude où elle se bat avec acharnement et où elle rencontre Kazue. C’est un peu un aspect des mœurs japonaises surtout au niveau de la difficulté d’entrée dans une école dite d’élite, des persécutions à l’intérieur, de la place de la femme dans la société, etc.
Mais ce n’est pas vraiment le sujet de l’histoire.

A 40 ans, la narratrice est plus aigrie que jamais. Même morte, on lui parle de sa sœur et de cette Kazue qui était dans le même lycée. Mais petit à petit, le livre s’ouvre sur les voix des autres personnages, les journaux intimes de Yuriko et de Kazue, la déclaration de meurtre de Zhang, etc. On découvre la dure vie de prostitués, les déboires, les violences, le travail illégal, les secrets de chacun. Chaque histoire de ces personnages amène au dénouement… mais surtout droit vers l’enfer de la vie.

Natsuo Kirino reprend sa plume pour écrire un roman noir mais avec des personnages tellement vrai et réaliste que l’on sent que cela pourrait nous arriver. L’écriture est fluide, nous montre les diverses visions qu’ont les protagonistes. Troublant et violant.

Lignes de Ryû Murakami

8 Juil

Que deviennent les hommes lorsque leur propre humanité a fini par déserter ? Victimes d’une solitude extrême, en proie à leurs pulsions violentes, les
passants qui hantent Lignes s’entrecroisent, sans que leurs destins s’en trouvent modifiés ou enrichis. Tout au plus pourra-t-on remarquer une cicatrice de plus, un espoir déçu supplémentaire. La désincarnation est telle que Ryû Murakami rend la compassion presque impossible et bien que l’on soit assailli par la froide vacuité de ses personnages, la sympathie à leur égard n’est pas chose évidente. L’exposé n’en est que plus magistral, la stérilité du monde ici dépeint contamine la lecture, hésitant entre vertige et nausée. Lignes est un roman perturbant, car la violence machinale qu’il met en scène n’a ni vocation spectaculaire, ni visée moraliste. Aucune provocation de la part de l’auteur, dont la finesse et la fluidité narrative laissent s’écouler de la façon la plus naturelle possible cette nuit ordinaire à Tokyo.

Ryû Murakami est un auteur où je peux être soit déçue (Bleu presque transparent), soit conquise (Les bébés de la consigne automatique).

Ce roman nous fait découvrir 20 vies. Vingt personnages où on découvre un moment de leur vie. Si chaque histoire peut paraître inachevée, elles permettent justement d’y mettre sa propre touche. Puis le « cas » suivant est tellement bien mis qu’on ne se rend pas réellement compte qu’on n’a pas une fin à ces histoires. Comment va-t-il s’en sortir ? Y-a-t-il un échappatoire ? Où va-t-il-se retrouver ? Beaucoup de questions qui ne trouveront pas de réponses. Et cela est sans importance.

Comme souvent Ryû Murakami nous partage les souffrances d’une population japonaise qui ne sait pas comment vivre, voir survivre. On parle de plusieurs thèmes récurrents dans ses romans : sexe (homosexuel ou sadomaso), de macchabés, de paranoïa, etc.

L’auteur est parfois cru dans ses propos, jusqu’à l’insoutenable dans les scènes de torture.

Il y a tout de même une ligne directrice dans ces histoires ; les « lignes » radios ou téléphoniques. Le premier personnage, Mukai, fraichement divorcé veut en apprendre plus sur les coups de téléphone de son ex-femme. Lors d’une de ses séances sadomaso, la jeune prostituée lui parle justement d’une étrange femme qui peut lire à travers ces lignes.

Des comportements hors-normes et violents, à la limite de la normalité, un découpage du livre innovant, vous découvrez les évènements qui se passent en une nuit auprès de 20 personnes différentes dans le Japon contemporain.

Voilà un très bon roman avec lequel on ne s’ennuie pas.